
# Temps de séchage du crépis extérieur
Le crépis extérieur constitue bien plus qu’un simple revêtement décoratif pour les façades : il joue un rôle fondamental dans la protection du bâti contre les intempéries, l’humidité et les variations thermiques. Pourtant, nombreux sont les professionnels et particuliers qui sous-estiment l’importance du temps de séchage de ce matériau. Un séchage insuffisant ou inadapté peut compromettre l’intégrité structurelle du revêtement et générer des pathologies coûteuses à corriger. La maîtrise des paramètres influençant le séchage du crépis représente donc un enjeu technique majeur, particulièrement dans le contexte actuel où les chantiers sont soumis à des contraintes de délais toujours plus serrées. Comprendre les mécanismes physicochimiques à l’œuvre, les facteurs climatiques déterminants et les spécificités techniques selon le type de revêtement vous permettra d’optimiser vos interventions et de garantir la pérennité de vos ouvrages.
Composition physicochimique du crépis et son influence sur l’évaporation de l’eau
La composition d’un crépis extérieur détermine directement ses propriétés de séchage. Les formulations contemporaines résultent d’un équilibre complexe entre liants, charges minérales, adjuvants et eau de gâchage. Chaque composant joue un rôle spécifique dans le processus de durcissement et d’évaporation. Les liants hydrauliques, qu’ils soient à base de ciment Portland, de chaux hydraulique naturelle ou de mélanges hybrides, réagissent chimiquement avec l’eau selon des cinétiques variables. Cette réaction d’hydratation consomme une partie de l’eau de gâchage tandis que l’excédent doit s’évaporer progressivement pour permettre au matériau d’atteindre ses caractéristiques mécaniques optimales.
Crépis à base de ciment portland versus crépis acrylique : différences de porosité
Les crépis à base de ciment Portland présentent une structure poreuse ouverte qui facilite la migration de l’eau vers la surface. Cette porosité interconnectée permet une évaporation relativement rapide, généralement comprise entre 24 et 72 heures pour un séchage superficiel dans des conditions normales. En revanche, les crépis acryliques modernes, formulés avec des résines synthétiques, développent une microstructure plus dense. Cette densité accrue ralentit l’évaporation mais confère au matériau une meilleure résistance à la fissuration. Le temps de séchage d’un crépis acrylique peut s’étendre de 48 heures à une semaine selon l’épaisseur appliquée. Vous devez adapter vos délais d’intervention en fonction du type de liant utilisé, car appliquer une finition prématurément risque d’emprisonner l’humidité résiduelle et de provoquer des désordres ultérieurs.
Granulométrie des agrégats minéraux et vitesse de séchage
La taille et la distribution des agrégats minéraux influencent considérablement la cinétique de séchage. Un crépis contenant des granulats fins (0,5 à 1 mm) présente une surface spécifique élevée et une porosité capillaire prononcée, favorisant un séchage rapide mais augmentant les risques de retrait. À l’inverse, les formulations incorporant des agrégats plus grossiers (2 à 4 mm) créent un réseau poreux plus espacé, ralentissant l’évaporation mais limitant les contraintes
plus faibles. Dans la pratique, un crépis à granulométrie plus grossière mettra plus de temps à atteindre un séchage en profondeur, mais il sera moins sensible aux microfissures de retrait, notamment sur les façades fortement exposées au soleil. Vous devrez donc trouver un compromis entre vitesse de séchage et stabilité dimensionnelle, en tenant compte de l’exposition de la façade et des contraintes esthétiques (finitions grattées, rustiques ou projetées).
Additifs hydrofuges et retardateurs de prise dans les formulations modernes
Les crépis extérieurs contemporains intègrent fréquemment des additifs hydrofuges et des retardateurs de prise, destinés à améliorer la durabilité et la maniabilité du produit. Les hydrofuges de masse, souvent à base de dérivés siloxaniques, réduisent l’absorption d’eau liquide tout en maintenant une certaine perméabilité à la vapeur. Cette caractéristique protège efficacement la façade des pluies battantes mais ralentit l’évacuation de l’humidité interne, prolongeant le temps de séchage complet du revêtement.
Les retardateurs de prise, quant à eux, modifient la cinétique d’hydratation des liants hydrauliques pour offrir un temps ouvert plus long. Ils sont particulièrement utiles lors des applications par temps chaud ou sur de grandes surfaces, où l’on souhaite conserver une bonne ouvrabilité. Toutefois, cette action retardatrice se traduit par un décalage du durcissement initial et donc par un allongement des délais avant recouvrement ou sollicitation mécanique (pose d’éléments rapportés, par exemple). Vous devez impérativement consulter les fiches techniques des fabricants pour connaître les temps d’attente recommandés, qui peuvent varier de quelques heures à plusieurs jours selon la teneur en adjuvants.
Taux de charge en liants hydrauliques et temps de durcissement
Le rapport liant/charges minérales joue un rôle déterminant dans la vitesse de durcissement du crépis extérieur. Un taux de liant élevé, typique des formulations à forte performance mécanique, accélère en général la prise initiale mais ne garantit pas un séchage plus rapide en profondeur. En effet, plus la matrice cimentaire ou hydraulique est dense, plus la diffusion de la vapeur d’eau à travers le réseau poreux est ralentie. On observe ainsi des revêtements rapidement durs en surface mais encore humides au cœur durant plusieurs jours.
À l’inverse, un crépis plus faiblement dosé en liants hydrauliques, notamment à base de chaux hydraulique naturelle ou de mélanges chaux-ciment, présente une prise plus progressive et une capacité de régulation hygrométrique accrue. Le temps de séchage global peut s’étendre de 2 à 4 semaines, voire davantage pour des enduits épais ou appliqués en climat froid. Vous devez donc dissocier la notion de prise (durcissement initial permettant un léger contact) de celle de séchage technique (évacuation suffisante de l’eau pour envisager une peinture, une lasure ou un crépis de finition complémentaire).
Paramètres climatiques et météorologiques affectant le séchage du revêtement
Au-delà de la formulation, le temps de séchage du crépis extérieur dépend fortement des conditions climatiques au moment de l’application et dans les jours qui suivent. Température, hygrométrie, vent et ensoleillement interagissent pour accélérer ou ralentir l’évaporation de l’eau contenue dans le revêtement. Vous pouvez appliquer le meilleur produit du marché : si la météo n’est pas adaptée, le risque de désordres (craquelures, faïençage, décollements) reste élevé. Anticiper la fenêtre météo idéale devient donc un élément clé de la planification de chantier.
Température ambiante optimale : seuils critiques entre 5°C et 30°C
La plupart des fabricants de crépis extérieurs recommandent une plage de température d’application comprise entre 5 °C et 30 °C. En dessous de 5 °C, la réaction d’hydratation des liants hydrauliques est fortement ralentie, voire interrompue en cas de gel. L’eau contenue dans le crépis risque alors de geler et de provoquer des microfissures internes, irréversibles une fois la température remontée. À l’inverse, au-delà de 30 °C, la dessiccation est trop rapide en surface, ce qui génère des retraits différentiels entre la peau externe et le cœur encore humide.
Idéalement, vous chercherez à travailler dans une fourchette comprise entre 10 °C et 25 °C, avec des variations journalières limitées. Dans ces conditions, un crépis monocouche cimentaire peut atteindre un séchage superficiel en 24 heures et un séchage fonctionnel en une semaine environ. En période estivale, la température de la façade peut cependant dépasser largement la température de l’air, surtout sur les murs orientés sud ou ouest. Un contrôle par thermomètre infrarouge permet d’éviter d’enduire un support déjà trop chaud, ce qui équivaut, pour le crépis, à une « cuisson » prématurée défavorable à son comportement à long terme.
Hygrométrie relative de l’air et saturation en vapeur d’eau
L’hygrométrie, c’est-à-dire le taux d’humidité relative de l’air, influence directement la vitesse d’évaporation de l’eau contenue dans le crépis. Plus l’air est sec, plus sa capacité à absorber de la vapeur d’eau est élevée, ce qui accélère le séchage. À l’inverse, un air déjà proche de la saturation (au-delà de 80 % d’humidité relative) limite cette évaporation, prolongeant les temps de séchage superficiel et en profondeur. En climat océanique ou en période automnale, il n’est pas rare de voir des crépis conserver un taux d’humidité élevé pendant plus de deux semaines.
On peut comparer ce phénomène à une éponge posée dans une pièce ventilée : si l’air est sec, elle s’assèche rapidement ; si l’air est saturé, elle reste humide très longtemps. Pour le crépis extérieur, le principe est identique. Vous devez donc éviter les applications par temps de brouillard, de pluie imminente ou de forte humidité, même si la température semble acceptable. Certains professionnels utilisent aujourd’hui des capteurs d’hygrométrie pour affiner leur décision, notamment sur les façades sensibles ou les systèmes d’isolation thermique par l’extérieur (ETICS) où l’emprisonnement de l’humidité est particulièrement problématique.
Vitesse du vent et renouvellement de l’air en surface du crépis
Le vent agit comme un accélérateur de séchage en renouvelant en permanence la couche d’air au contact de la surface du crépis. Une brise modérée favorise l’évacuation de la vapeur d’eau et réduit le temps nécessaire pour atteindre un séchage en surface. Toutefois, des vents forts peuvent provoquer un séchage trop brutal de la couche externe, entraînant des tensions internes et des risques accrus de faïençage. Il s’agit donc, là encore, de rechercher un équilibre.
Dans le cas des façades très exposées, notamment en hauteur ou en bord de mer, la mise en place de filets brise-vent sur l’échafaudage permet de modérer l’impact du vent. Vous éviterez ainsi l’effet « sèche-cheveux » qui déshydrate la peau du crépis sans laisser le temps à l’humidité interne de migrer progressivement. Sur des systèmes ETICS, un vent trop violent pendant la prise peut également provoquer des défauts d’adhérence ou des irrégularités de texture. Surveillez donc les prévisions de rafales au même titre que la pluie ou la température.
Rayonnement solaire direct et risques de dessiccation superficielle
Le rayonnement solaire direct augmente fortement la température en surface du crépis, parfois de 10 à 15 °C par rapport à l’air ambiant. Cette surchauffe locale accélère la perte d’eau à la surface, générant une croûte rigide qui se contracte alors que le cœur du matériau reste encore plastique. Le résultat ? Des microfissures en toile d’araignée, visibles dès les premiers jours ou révélées plus tard par les salissures et les ruissellements. On parle alors de dessiccation superficielle, une pathologie directement liée au non-respect des recommandations d’application par temps ensoleillé.
Pour maîtriser ce paramètre, les professionnels privilégient l’enduise des façades non exposées en milieu de journée et réservent les façades sud aux matinées ou fins d’après-midi. Des bâches d’ombrage peuvent également être déployées sur l’échafaudage pour réduire l’impact du rayonnement direct. Retenez cette règle pratique : si vous ne pouvez pas poser confortablement la main sur le mur pendant plus de quelques secondes, la surface est trop chaude pour recevoir un crépis extérieur dans de bonnes conditions de séchage.
En résumé, le temps de séchage du crépis extérieur n’est pas une valeur fixe mais le résultat d’une interaction complexe entre formulation du produit et environnement climatique. C’est en observant ces deux dimensions que vous sécuriserez réellement vos délais de chantier.
Épaisseur d’application et technique de pose selon les systèmes ETICS
Dans les systèmes d’isolation thermique par l’extérieur (ETICS), l’épaisseur d’application du crépis et la technique de pose choisie conditionnent fortement la durée de séchage et la performance globale du revêtement. Plus la couche est épaisse, plus le chemin à parcourir pour l’eau interne est long, et plus le temps nécessaire à un séchage complet augmente. Par ailleurs, une mise en œuvre manuelle ou mécanique induit des densités et des compacités différentes, qui modifient la migration de l’humidité à travers le film.
Crépis monocouche projeté mécaniquement : temps de prise spécifique
Le crépis monocouche projeté mécaniquement est largement utilisé sur les maçonneries neuves pour sa rapidité de mise en œuvre. Appliqué en une seule passe d’une épaisseur généralement comprise entre 12 et 18 mm, il assure à la fois la protection et la finition de la façade. Cette épaisseur importante implique toutefois un temps de séchage plus long qu’un simple enduit mince de finition sur ETICS. Dans des conditions favorables (température douce, vent modéré, hygrométrie maîtrisée), on compte en moyenne 24 à 48 heures pour un séchage en surface, mais jusqu’à 7 à 10 jours pour un séchage technique satisfaisant.
Les machines à projeter permettent d’obtenir une densité de matériau relativement homogène, mais la projection peut localement créer des surépaisseurs, notamment dans les angles, sous les appuis de fenêtres ou autour des réservations. Ces zones mettent naturellement plus de temps à sécher et restent plus sensibles aux chocs mécaniques précoces. Vous éviterez par exemple d’y fixer immédiatement des gonds de portail, des luminaires ou des descentes EP. Laisser au monocouche projeté le temps d’atteindre un durcissement en profondeur, c’est limiter fortement le risque de poinçonnement ou de fissuration différée.
Systèmes multicouches traditionnels : gobetis, corps d’enduit et finition
Les systèmes multicouches traditionnels reposent sur une succession de strates : gobetis d’accrochage, corps d’enduit et couche de finition. Chacune de ces couches possède sa propre cinétique de séchage, qui doit être respectée avant l’application de la suivante. Le gobetis, généralement riche en liant et appliqué en faible épaisseur, sèche rapidement en surface (quelques heures) mais doit atteindre un durcissement suffisant pour garantir une bonne accroche du corps d’enduit, souvent réalisé le lendemain ou quelques jours plus tard selon les prescriptions du fabricant.
Le corps d’enduit, appliqué en 10 à 15 mm d’épaisseur, constitue la principale réserve d’humidité du système. Son temps de séchage peut s’étendre de 7 à 14 jours selon la nature du liant (ciment, chaux ou mélange) et les conditions climatiques. La couche de finition, plus mince (2 à 5 mm), doit être posée sur un support suffisamment ferme mais encore légèrement ouvert à la diffusion de vapeur, de manière à permettre une bonne cohésion entre les strates. Appliquer une finition trop tôt, c’est un peu comme fermer un couvercle sur une casserole encore pleine de vapeur : l’humidité se retrouve piégée, avec à la clé efflorescences, bullages ou décollements à moyen terme.
Application manuelle à la taloche versus projection pneumatique
L’application manuelle à la taloche, plus lente, permet un contrôle très fin de l’épaisseur et de la compacité du crépis extérieur. Le maçon peut adapter la pression exercée, la quantité déposée et la texture finale, ce qui influe sur la porosité et donc sur la vitesse d’évaporation de l’eau. En général, un enduit taloché manuellement présente une densité un peu plus élevée, donc un séchage légèrement plus lent qu’un enduit projeté laissé brut, mais plus homogène dans le temps et l’espace.
La projection pneumatique, à l’aide d’une machine ou d’une sablonneuse, dépose rapidement de grandes quantités de matériau. Ce gain de productivité s’accompagne toutefois de variations locales d’épaisseur et de densité, selon la distance de projection, l’angle de la lance ou l’expérience de l’applicateur. Ces irrégularités se traduisent par des zones qui sèchent plus ou moins vite, avec des gradients d’humidité internes parfois importants. Vous veillerez donc à bien dresser et régulariser la couche projetée, notamment sur les systèmes ETICS où l’homogénéité du film extérieur participe directement à la performance thermique et à la durabilité de l’enveloppe.
Nature et préparation du support : impact sur la migration capillaire
Le support sur lequel est appliqué le crépis extérieur agit comme un véritable « réservoir » ou « régulateur » d’humidité. Selon sa porosité, sa capillarité et son état de surface, il absorbe plus ou moins rapidement l’eau de gâchage et influence la manière dont l’humidité se répartit dans l’épaisseur de l’enduit. Un support trop absorbant peut pomper brutalement l’eau du crépis, provoquant un séchage trop rapide au niveau de l’interface et un risque de décollement. À l’inverse, un support peu ou pas poreux retarde la migration de l’eau vers l’intérieur, obligeant toute l’humidité à s’évacuer par la surface.
Supports en béton cellulaire et absorption différentielle d’humidité
Le béton cellulaire, très utilisé en construction neuve pour ses performances thermiques, présente une structure poreuse particulièrement ouverte. Sa capacité d’absorption en eau est élevée et rapide, ce qui peut entraîner une succion importante lors de l’application du crépis. Si cette succion n’est pas maîtrisée, le temps de prise est raccourci de manière excessive au droit de l’interface, fragilisant l’adhérence de l’enduit et augmentant les risques de fissuration. Le séchage global du système devient alors hétérogène, avec une zone immédiatement au contact du support plus sèche que la surface.
Pour éviter ce phénomène, une préparation minutieuse est indispensable. Vous devrez dépoussiérer le mur, éventuellement l’humidifier la veille ou appliquer un primaire adapté, puis respecter les préconisations d’épaisseur minimale. Certains fabricants proposent des enduits spécifiques pour béton cellulaire, formulés pour limiter les échanges hydriques trop rapides. En respectant ces prescriptions, le temps de séchage redevient plus prévisible, généralement compris entre 7 et 14 jours pour un système complet corps d’enduit + finition.
Maçonnerie de briques terre cuite et phénomène de succion
Les briques en terre cuite, surtout lorsqu’elles sont perforées et peu protégées, présentent elles aussi un fort pouvoir de succion. Les alvéoles internes peuvent se comporter comme de petites « cheminées » capillaires, drainant l’eau hors du crépis au moment de l’application. Si vous avez déjà vu un mur de briques absorber une pluie fine en quelques minutes, vous avez une bonne image de ce qui se passe au contact de l’enduit. Sans traitement préalable, la peau du crépis se dessèche trop vite, ce qui altère à la fois son adhérence et sa résistance mécanique.
La solution consiste à réguler cette succion naturelle avant l’application du crépis extérieur. Cela peut passer par un mouillage contrôlé du support, la pose d’un gobetis d’accrochage ou l’utilisation d’un primaire régulateur de fond. Une fois cet « appétit d’eau » tempéré, le séchage du crépis devient plus homogène, avec des délais proches des valeurs théoriques annoncées par le fabricant. Dans la plupart des cas, vous pourrez envisager un séchage superficiel en 24 à 48 heures, mais il faudra patienter une dizaine de jours pour un séchage technique compatible avec une mise en peinture ou la pose d’éléments lourds.
Panneaux isolants en polystyrène expansé et ponts thermiques
Dans les systèmes ETICS, les panneaux isolants en polystyrène expansé (PSE) constituent un support très peu absorbant. Contrairement à la brique ou au béton cellulaire, ils ne pompent pratiquement pas l’eau du crépis. Toute l’humidité doit donc s’évacuer par la surface extérieure du revêtement. Cette configuration ralentit naturellement le séchage, en particulier pour les enduits de finition à base de liants organiques (acryliques, siloxaniques) appliqués en couche mince. Sur une isolation en PSE, un crépis peut mettre de 24 à 72 heures pour sécher en surface et jusqu’à 2 semaines pour atteindre un équilibre hygrométrique satisfaisant.
Les ponts thermiques ponctuels (fixations mécaniques, renforts, nez de dalle) modifient également la température locale de la façade et donc la vitesse de séchage. Un chevillage métallique non protégé peut, par exemple, créer une zone plus froide où l’humidité se condense plus facilement, retardant le séchage et favorisant l’apparition de taches ou de microalgues. Vous devrez veiller à respecter scrupuleusement les détails constructifs fournis par les concepteurs des systèmes ETICS pour éviter ces anomalies de comportement hygrométrique. Un séchage trop lent ou inégal sur PSE est souvent le premier signal d’une conception thermique ou d’une mise en œuvre imparfaite.
Durées de séchage technique par type de crépis et conditions d’application
Après avoir détaillé les facteurs influençant la cinétique de séchage, il est utile de disposer de repères chiffrés pour planifier concrètement vos interventions. Les valeurs ci-dessous restent indicatives et supposent des conditions « moyennes » d’application : température de 15 à 20 °C, hygrométrie autour de 60 %, vent modéré et support correctement préparé. Elles ne remplacent jamais les recommandations spécifiques des fabricants, mais offrent un cadre de référence pour organiser un chantier de façade ou d’isolation thermique par l’extérieur.
| Type de crépis extérieur | Épaisseur typique | Séchage superficiel* | Séchage technique / profondeur** |
|---|---|---|---|
| Crépis ciment Portland monocouche | 12 à 18 mm | 24 à 48 h | 7 à 10 jours |
| Crépis acrylique mince sur ETICS | 1,5 à 3 mm | 12 à 24 h | 3 à 7 jours |
| Enduit à la chaux hydraulique (multicouche) | 15 à 20 mm (corps + finition) | 48 à 72 h | 14 à 28 jours |
| RPE (revêtement plastique épais) | 1 à 2 mm | 6 à 24 h | 3 à 5 jours |
*Séchage superficiel : surface non collante, résistante aux poussières.**Séchage technique : humidité résiduelle compatible avec une mise en peinture ou l’exposition aux intempéries.
Vous l’aurez compris, la différence entre un crépis extérieur « sec au toucher » et réellement sec en profondeur peut atteindre plusieurs semaines, notamment pour les enduits à la chaux ou les systèmes à forte épaisseur. Il est donc prudent de laisser un délai de sécurité avant toute intervention ultérieure sur la façade : pose de garde-corps, de portails, de stores ou d’enseignes. Un crépis de clôture, par exemple, peut paraître dur au bout de 8 jours, mais rester vulnérable à un choc localisé de perçage ou de scellement.
En pratique, comment savoir si le crépis est suffisamment sec ? Au-delà du test au toucher, vous pouvez observer la couleur : un crépis frais est plus foncé et présente des zones de teintes irrégulières. À mesure du séchage, la couleur s’uniformise. Sur des chantiers sensibles, l’utilisation ponctuelle d’un humidimètre de surface permet de valider objectivement l’état d’humidité avant de poursuivre les travaux. Cette précaution évite bien des litiges entre entreprises d’enduit, poseurs de menuiseries et maîtres d’ouvrage.
Pathologies liées au non-respect des temps de séchage : efflorescences et faïençage
Ne pas respecter les temps de séchage du crépis extérieur n’est pas une simple entorse au « bon sens de chantier » : c’est souvent l’origine directe de pathologies coûteuses à traiter. Les efflorescences, le faïençage, les décollements ou les taches d’humidité chronique trouvent fréquemment leur cause dans une évaporation mal maîtrisée ou dans l’emprisonnement de l’eau au sein du revêtement. Comprendre ces désordres, c’est se donner les moyens de les éviter en amont plutôt que de les réparer ensuite.
Les efflorescences correspondent à des dépôts blanchâtres en surface du crépis, souvent visibles quelques semaines ou quelques mois après la mise en œuvre. Elles résultent de la migration d’eau chargée en sels solubles (sulfates, carbonates, nitrates) depuis le support ou l’intérieur de l’enduit vers la surface. Si le séchage est trop rapide ou trop différentiel, ces sels n’ont pas le temps de se redistribuer et cristallisent à la sortie des pores. Le phénomène est d’autant plus marqué lorsque l’on applique une peinture ou une finition trop tôt, qui force l’humidité à sortir par des microchemins préférentiels.
Le faïençage, quant à lui, se manifeste par un réseau de microfissures évoquant la surface d’une faïence ancienne. Il traduit des retraits différentiels au sein de la masse du crépis, généralement causés par un séchage trop brutal de la peau externe par rapport au cœur. L’exposition à un fort ensoleillement, un vent sec ou une sous-estimation de l’absorption du support en sont les principaux déclencheurs. Outre l’aspect esthétique, ces microfissures facilitent la pénétration de l’eau de pluie et accélèrent le vieillissement du revêtement.
D’autres pathologies, comme les décollages par plaques, les cloques ou les bullages, surviennent lorsque l’on applique une couche de finition ou une peinture sur un crépis encore humide. L’eau résiduelle, cherchant à s’échapper, crée des pressions internes qui soulèvent localement le film. Sur ETICS, ce phénomène peut compromettre l’étanchéité du système et générer des zones de condensation interne. Vous voyez ici à quel point le respect des temps de séchage n’est pas qu’une question de confort de chantier, mais bien un enjeu de durabilité de l’enveloppe du bâtiment.
Pour prévenir ces désordres, trois réflexes simples s’imposent :
- Respecter scrupuleusement les délais indiqués dans les fiches techniques (temps avant recouvrement, avant peinture, avant sollicitation mécanique).
- Adapter le planning du chantier aux conditions climatiques, quitte à décaler une intervention de quelques jours en cas de météo défavorable.
- Vérifier l’état réel du crépis extérieur (couleur, dureté, absence de zones encore sombres ou froides au toucher) plutôt que de se fier uniquement à une durée « théorique ».
En définitive, le temps de séchage du crépis extérieur n’est pas un détail accessoire mais un paramètre central de la qualité finale de l’ouvrage. Prendre le temps de laisser l’enduit sécher correctement, c’est investir dans la longévité de la façade, la stabilité des finitions et la satisfaction de l’utilisateur final. Et si vous hésitez encore entre plusieurs délais possibles, rappelez-vous cette règle prudente : mieux vaut attendre un jour de plus que devoir reprendre un crépis fissuré ou tâché dans quelques mois.